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Que mettre dans son sac pour filmer des sports extrêmes ?

ACTION

Publié le 25/03/20

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Nos écrans regorgent d’images de cascades incroyables effectuées par des sportifs de différentes activités, qui nous fascinent par la décharge d’adrénaline qu’elles inspirent et l’engagement requis par ceux qui les pratiquent. Filmer ces actions nécessite un équipement adapté au sport bien sûr, mais aussi à la manière dont il est capté.

Trois manières principales de filmer les sports extrêmes : en aérien par un drone ou un hélicoptère ; en longue focale et au cœur de l’action. Bien entendu, les sacs à dos des opérateurs sont très différents d’une configuration à l’autre. © AdobeStock / Freefly

La prise de vue aérienne a longtemps été effectuée exclusivement par hélicoptère, d’abord avec un cadreur à la porte puis via des systèmes gyrostabilisés de type Cineflex ou Shotover…

La première option se pratique toujours quand le budget ne permet pas d’équiper la machine avec un équipement plus stable, puisqu’elle nécessite juste un cadreur positionné sur le patin et attaché avec son baudrier. Le vent est alors tel que les stabilisateurs de poing deviennent inutilisables, donc les plans envisagés sont plutôt larges mais peuvent créer de belles ambiances, surtout si le pilote a une bonne vision des images et vole de biais pour offrir la meilleure vue possible. Dans ces cas-là, le sac du cadreur est assez réduit puisqu’il ne peut pas changer d’optique ni accessoiriser sa caméra, donc il choisit un modèle robuste avec une focale relativement large, par exemple un 35 mm, et pense bien à sa doudoune et à une bonne paire de gants.

Si le budget le permet, la solution idéale reste la boule stabilisée fixée à l’avant de l’hélico. En fonction de la caméra et de l’optique placées à l’intérieur du système on peut avoir des vues plus ou moins serrées de l’action, avec la garantie qu’elle pourra être suivie, même si elle est très rapide et d’une grande amplitude, à l’exemple de la descente d’une face de montagne à ski, tout en augmentant le rendu épique grâce aux mouvements de caméra. Quand le binôme cadreur-pilote fonctionne bien, cela peut créer de la magie. Même si le matériel ne tient, bien évidemment, pas dans un sac, l’opérateur doit veiller à avoir l’équipement adéquat au terrain dans lequel le tournage a lieu. Par exemple, certains systèmes peuvent générer de la buée en milieu très froid, donc il faut choisir le plus adapté.

Depuis que les drones ont gagné en fiabilité et en robustesse, ils sont de plus en plus utilisés pour les sports extrêmes. Ils offrent un point de vue complémentaire à celui de l’hélicoptère car ils peuvent voler plus bas sans gêner l’athlète et créer des effets de défilement des différents plans de l’image qui augmentent les impressions de vitesse et de raideur. Selon l’activité filmée et la configuration du tournage, le choix se porte sur un gros porteur opéré par un duo pilote-cadreur ou à l’inverse sur un Mavic, bien plus compact et léger, manipulable par une personne. Même si les portées des drones sont longues, il faut généralement que l’équipe se rapproche au maximum de l’action pour avoir une meilleure vision du relief et pouvoir effectuer les mouvements souhaités. Pour cela, il faut donc que les opérateurs aient la capacité de se déplacer dans le milieu ou soient déposés en hélicoptère avec leur équipement. En plus du set de base habituel, leur sac à dos sera à coup sûr rempli de batteries de rechange pour le drone et pour le téléphone faisant office de télécommande, si c’est le cas.

Une autre manière de filmer les sports extrêmes consiste à positionner des cadreurs sur les points de vue leur permettant de capter l’essentiel de l’action avec des caméras équipées de téléobjectifs. C’est une solution très fiable car elle offre une vue sûre de la scène ; il est plus rare de rater un plan sur pied qu’en drone, et elle ne requiert généralement pas un niveau sportif spécifique de la part des cadreurs. Les personnes capables de sauter en wingsuit derrière un athlète pour le filmer en suivi se comptent sur les doigts d’une main, tandis que celles pouvant déplier un trépied au bord d’une route pour filmer un saut, ou une vague par exemple, sont nettement plus nombreuses. Toutefois, dans le cas des sports de montagne, il est fréquent que l’acheminement de l’opérateur et de son matériel se fasse par une dépose en hélicoptère ; aussi dans ces cas-là il est nécessaire d’avoir assez d’assurance pour rallier le lieu précis de tournage, voire d’en repartir si un vol de retour devient inenvisageable, du fait du mauvais temps par exemple.

Le matériel de prise de vue ne tient alors généralement pas dans un sac à dos. Plus les focales sont longues et lumineuses et plus elles ont d’importants volumes et poids, de même que les trépieds qui les supportent, et souvent aussi les corps de caméras qui y sont associés. Ce matériel de base est transporté le plus souvent en caisses, avec les batteries nécessaires. Le sac à dos de l’opérateur contient donc essentiellement le kit de base, une véritable housse de pluie ou un support de protection (idéalement, un abri pouvant couvrir l’équipement et son utilisateur) et de quoi nettoyer le matériel, dont on prend d’autant plus soin qu’il est onéreux. Sans oublier bien sûr des vêtements chauds et des vivres, car l’attente peut être longue à ces positions.

La troisième méthode est celle qui place la caméra au plus proche de l’action, par le biais d’un cadreur positionné sur sa trajectoire ou d’une actioncam accrochée sur l’athlète. C’est là qu’on capture le détail d’un geste et qu’on place le spectateur en immersion. C’est là aussi que les compétences de l’opérateur deviennent ultra-spécifiques, puisqu’en plus de faire de belles images il doit avoir l’aptitude à suivre l’athlète dans son milieu en toute autonomie. Le cas extrême est celui cité précédemment du suivi en wingsuit, pour lequel les aptitudes à pratiquer l’activité priment sur les talents de faiseur d’images. Mais quel que soit le contexte, le cadreur doit être à l’aise sur son lieu de tournage, il doit pouvoir y évoluer sans un stress trop intense ou une fatigue trop importante, en bref il doit avoir de la marge, sans quoi il ne peut pas travailler dans de bonnes conditions.

Pour ces situations, il est préférable de tourner avec une caméra légère équipée d’un zoom polyvalent, car le cadreur gagne ainsi en mobilité et en réactivité. Un modèle capable de tourner à une haute cadence offre en plus la possibilité de ralentir les actions en postproduction. La quantité de lumière étant souvent importante, il est bon de placer un filtre neutre variable sur son objectif pour pouvoir tourner avec les réglages d’exposition souhaités. Il est bon de prévoir une grande quantité de batteries et des cartes mémoire de rechange, car le froid peut grandement altérer leur durée de vie et le bureau est trop loin pour aller en chercher de nouvelles. En plus de ces éléments de base, le contenu du sac dépend alors surtout du sport filmé.

S’il s’agit d’une activité aquatique, comme le surf ou l’apnée, le sac est sur le bateau et non sur l’opérateur, et il contient tout le nécessaire pour parer à la formation de buée sur le caisson. Pour le kayak, tout l’équipement est dans un sac étanche placé au fond de l’embarcation, et les changements de batteries ou accessoires se font sur une berge entre deux sessions d’eau vive. Pour ces activités, la prise de son est réduite au minimum car la priorité est donnée à l’étanchéité de la caméra.

En montagne, il faut également pouvoir se protéger des éléments ; aussi une accessoirisation minimale garantit une meilleure tropicalisation. Toutefois, un micro canon fixé sur le porte-griffe peut capter des sons intéressants de respiration, de pas dans la neige, de mousquetons, etc. Pour garantir une mobilité optimale du cadreur, mieux vaut se passer de machinerie, mais si l’accès n’est pas trop compliqué, l’utilisation d’un stabilisateur de type Ronin SC peut améliorer le rendu des plans en mouvement. Il ne faut pas oublier en plus le nécessaire à toute sortie en altitude, à savoir vêtements chauds, couverture de survie et mini trousse de secours, avec en complément le matériel de sécurité spécifique au milieu, que ce soit en falaise, sur glacier, ou en prévention des avalanches pour les tournages hivernaux. Tout est question de compromis entre le poids et l’encombrement du sac, avec comme priorités la mobilité du cadreur et sa rapidité de mise en place, pour ne pas faire attendre l’athlète outre mesure.

En complément de ce matériel, des action cams placées sur l’athlète, en chesty ou sur son casque par exemple, viennent offrir les visions les plus immersives de l’action, avec les sons les plus intimes. Ce sont des points de vue essentiels, mais qui gagnent à être mixés avec les images des caméras « extérieures » pour une meilleure compréhension de l’action et du milieu dans lequel elle est effectuée.

Voilà des années que je dirige, filme ou monte des vidéos de sports extrêmes et mon impression globale est que le secret réside dans le juste mélange de tous ces points de vue de caméras : aérienne, à distance et dans l’action pour varier les angles, donner la meilleure vision de ces exploits et en faire ressentir l’intensité au spectateur. La magie apparaît ensuite quand une vraie complicité s’installe entre l’athlète et son cadreur.

 

L’éthique de ces tournages

Lorsqu’on filme un athlète qui s’apprête à faire une action exceptionnelle et potentiellement dangereuse, on a une certaine responsabilité envers lui. Il est préparé et a choisi ce qu’il allait effectuer, mais pour autant la présence de la caméra ne doit pas peser sur lui comme une pression supplémentaire. Même si toute l’équipe est en place et que la lumière est idéale, s’il ne le sent pas on doit respecter son choix, car nous sommes là pour témoigner d’un exploit, pas d’un accident.

 

Qu’appelle-t-on un sport extrême ?

La définition évolue au fil des années, étant passée d’une activité dans laquelle toute chute est interdite car elle entraînerait une mort certaine, aux pratiques à forte décharge d’adrénaline qui se font dans un milieu naturel. Le vélo en ville, bien qu’objectivement dangereux, n’est donc pas classé dans cette catégorie, alors que tous les sports qui confrontent son pratiquant aux éléments, air, eau (sous toutes ses formes) en font partie. Citons, par exemple, le ski ou snowboard freeride, l’alpinisme, le surf de grosses vagues ou, bien sûr, la chute libre.

 

La sécurité

La sécurité de l’équipe est primordiale, car aucun plan ne mérite qu’on se blesse pour le faire. Idéalement, elle est assurée par une personne tierce et dont c’est le métier, à l’exemple d’un guide, car le cadreur est focalisé sur ses images et n’est donc pas assez alerte, face aux éléments pouvant s’avérer dangereux.

 

Article paru pour la première fois dans Moovee #1, p.44/47. Abonnez-vous à Moovee (4 numéros/an) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.